Droit et communication: l’avocat doit parler un langage clair!

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1.    J’ai récemment visionné une excellente vidéo intitulée “La profession d’avocat d’affaires” (chaîne YouTube Bycome).

Dans cette vidéo, l’avocat Marc Santoni, spécialisé dans le restructuring, parle de la nécessité pour l’avocat de se faire comprendre de ses clients et d’avoir un langage clair:

“Parce que c’est quand même un des travers de notre profession, que le client comprenne quelque chose à ce qu’on lui raconte. Vous avez beaucoup plus de succès que si vous êtes un avocat traditionnel.

Je ne sais pas si vous avez un jour rendu visite à un notaire. Moi j’ai acheté quelques biens immobiliers. J’ai travaillé à des transactions immobilières. Je ne comprends strictement rien à ce que raconte un notaire.

C’est un peu comme on lit un arrêt de la Cour de cassation. Avant de comprendre le sens, faut le lire 7 fois”.

2.    Je suis totalement d’accord avec Marc Santoni.

Il faut (c’est une nécessité!) être clair vis-à-vis de ses clients.

Les clients doivent comprendre leur avocat (après tout, ils le paient pour ça…).

L’avocat doit donc être capable de se faire comprendre et de traduire en langage simple les concepts de droit ou les éléments juridiques nécessaires à la solution qu’il propose à son client.

3.    Comme je l’écrivais moi-même ici:

“Il faut toujours essayer d’expliciter les choses simplement

C’est principalement le rôle de l’avocat d’essayer de simplifier les faits, le droit… Tout en restant cohérent, précis et correct. Mais il faut toujours tenter de simplifier et de clarifier.

C’est le conseil « Boileau » en référence à la fameuse citation prêtée à Nicolas Boileau: « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ».

Ainsi, par exemple, le droit des brevets peut s’avérer complexe car les inventions que les brevets protègent peuvent être très techniques; le droit des marques est, d’un point de vue juridique, compliqué, tout comme le droit d’auteur, mais il est primordial d’exposer tant à son client qu’au juge les choses sans complexité inutile.

C’est un travail difficile mais qui s’avère, en bout de course, payant”.

4.    S’il est vrai que, comme le répète souvent le célèbre pénalise Eric Dupond-Moretti, “on ne choisit pas ses juges”… on choisit par contre son avocat!

Choisissez donc un avocat qui s’attachera à :

  • vous fournir des explications précises mais compréhensibles ;
  • prendre le temps de vous expliquer et d’être pédagogue;
  • effectuer un travail de recherche exhaustif, tout en vous délivrant une conclusion et des solutions “to the point”;
  • rédiger des actes de procédure “percutants” (c’est-à-dire: clairs, pas trop longs, sans répétitions, rédigés dans un français simple, sans fioritures inutiles ni formules vieillottes du type “attendu que”).

5.    En guise de conclusion à ce billet, je voudrais encore citer un extrait de l’article intitulé “Dire le droit et être compris” de Damien Vandermeersch (avocat général près la Cour de cassation), publié sur http://www.justice-en-ligne.be/article176.html :

“‘Vu les pièces de la procédure,
Ouï les explications et les moyens de défense du prévenu ;
Vu les conclusions déposées par Me D., avocat du prévenu ;
Ouï M. T. substitut du procureur du Roi, en ses résumés et conclusions ;
Ouï les répliques du prévenu,
Attendu que la prescription de l’action publique a été régulièrement suspendue depuis l’expiration du délai ordinaire d’opposition jusqu’au jour de la signification de l’opposition déclarée recevable…’
 (extrait d’un jugement du tribunal correctionnel).

Bon Dieu, quel charabia, tout cela !

La lecture d’un jugement ou d’un exploit d’huissier de justice est souvent un exercice fastidieux, même pour un juriste : il faut lire le texte à deux ou trois reprises pour être sûr d’en avoir bien saisi le contenu et la portée.

Le justiciable est pourtant le premier concerné par les actes judiciaires. Or, la plupart du temps, il doit appeler à la rescousse les professionnels pour se faire expliquer ce que le juge ou l’huissier a voulu lui dire.

La justice, faut-il le rappeler, est un service public qui devrait être accessible à tous. Trop souvent, les magistrats, les avocats, les huissiers l’oublient en utilisant un langage (“un jargon”) que seuls les initiés comprennent.

Comment un justiciable peut-il répondre de façon adéquate à la justice s’il ne comprend même pas ce qu’on lui veut ? Comment peut-il accepter une décision du juge s’il ne saisit pas ce qui a été décidé ?”

 

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Frédéric Lejeune, avocat au barreau de Bruxelles

 

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